Biographie de Fulcrand OLLIER (5ème volet de 1826 à 1834) |
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Le
mariage de Pauline Ollier... L'âge commençant à se faire sentir (Fulcrand Ollier en 1826 avait fêté ses 74 ans), il fallait songer à un parti convenable pour Pauline dans les années à venir. A la Cour de Montpellier, un jeune et brillant avocat, Hippolyte Charamaule, âgé de 35 ans, avait retenu l’attention du bâtonnier. Seules deux lettres, l’une du 27 mai 1829 et l’autre du 9 juin 1829, nous donnent quelques précisions et nous renseignent sur le style du futur gendre… Montpellier le 27 mai 1829 « Monsieur, En attendant que je puisse vous donner un titre plus cher, j’éprouve l’irrésistible besoin de vous exprimer combien je suis flatté de l’accueil honorable que j’ai reçu chez vous. Permettez-moi de vous en témoigner toute ma gratitude et d’offrir à vos aimables Dames mes respectueux et très empressés hommages. Depuis notre séparation je compte les instants et voudrais les abréger à tout prix ; mais que tout va lentement ! … Déjà vingt-quatre heures sont écoulées et je n’ai presque pu rien faire encore pour hâter le moment désiré qui doit me faire trouver en vous un Père que déjà je chéris et j’honore. Notre chère Pauline daignerait-elle accuser ma lenteur ? Son blâme me serait d’autant plus précieux que je le mérite moins. Oui je sens tout le prix du temps et je quitte la plume pour agir. Veuillez, je vous prie, m’honorer de quelques lignes. Madame Ollier n’a-t-elle pas quelque ordre à me donner ? Je serai flatté d’en recevoir, autant qu’empressé à les exécuter. Adieu, monsieur, veuillez recevoir mes embrassements et faire agréer à vos dames l’expression de ma vive et respectueuse affection. Charamaule, avocat » Montpellier 9 juin 1829 « Je n’ai pu prendre un instant, hier, pour vous donner de mes nouvelles, désirant surtout vous écrire par le courrier qui part à midi. Je profite de celui de ce jour. Je m’occupe très activement de tout ce qui est nécessaire et j’ai confiance que nous n’aurons aucun retard à éprouver. Les Demoiselles Petitain s’occupent déjà, en ce qui les concerne de notre chère Pauline. Nous avons pensé avec ma sœur, qu’une robe de satin blanc était nécessaire pour mettre sous la robe de crêpe. Il me semble qu’il faut aussi une paire de souliers de satin blanc. Veuillez me fixer là-dessus. Adieu, je vous embrasse tous avec la plus vive affection, beaucoup plus pressé d’agir que de prolonger nos entretiens épistolaires quels que chers qu’ils me soient. Charamaule avocat » Le mariage fut célébré le 23 juin 1829, à Lodève, en présence des parents et amis des jeunes époux. Le contrat de mariage traduisait la joie des parents et choisissait le régime dotal : « Le père de la future épouse voulant témoigner sa satisfaction et donner à sa fille des preuves de sa vive affection et se prêter en même temps à ce qu’exige la position du futur époux, qui ne pouvant en raison de sa profession et de sa résidence, se livrer aux soins de l’exploitation des biens considérables qu’il eût été dans l’intention de monsieur Ollier de donner à sa fille, a préféré qu’il fût constitué à la future épouse une dot en numéraire. C’est pourquoi le dit monsieur Ollier a, par les présentes, donné en avancement d’hoirie et constitué en dot à sa fille, la valeur à laquelle pourront s’élever les biens immeubles et dépendances ci-dessous détaillés, déduction faite toutefois sur cette valeur, d’une somme de cinquante-deux mille francs, laquelle sera prélevée d’abord sur le prix des dits biens, pour être employée par le futur époux sur l’indication qui lui sera donnée par monsieur Ollier, étant bien entendu que la présente constitution de dot ne peut et ne doit porter que sur le résidu net et liquide du prix des dits biens, déduction faite de la dite somme de cinquante-deux mille francs . La future épouse se constitue personnellement en dot tous ses biens présents et à venir. Ses biens présents consistant en quelques hardes, bijoux, piano, musique, et que le futur époux reçoit pour une valeur de 6 000 francs laquelle somme, il reconnaît et assure au profit de sa future épouse. » Suit la désignation des biens immeubles en sept paragraphes, que Maître Ollier donnait à sa fille … Ainsi donc les festivités passées, notre jeune ménage prit la route de Montpellier où les affaires et plaidoiries attendaient Hippolyte qui logeait à cette époque place Louis XVI, maison Amat. Il avait acquis avant son mariage, le mas Cavalier, sur la commune de Mauguio, en revendant les biens qu’il possédait à Mèze. C’était une propriété viticole qu’il remettait en état par quelques gros travaux sur la maison d’habitation et la cave. En août 1825, il achetait pour 525 francs, un cabriolet à Combaret sellier à Montpellier, face au Palais Royal ; puis pour 675 francs, un cheval alezan brûlé aux frères Laroche. Hippolyte et Pauline, nous le verrons par la suite, étaient amateurs et passionnés de chevaux... Les dernières années de Fulcrand Ollier... Une lettre d’Ollier en 1830 à « Mon cher gendre Je prie le souverain Maître du Ciel et de la Terre de vouloir bien vous accorder les forces et les grâces nécessaires dont vous pouvez avoir besoin pour fournir honorablement à votre ordinaire. Je viens de recevoir une lettre de ma chère Pauline. Elle me parle d’une visite que doit lui faire monsieur Delpuech (médecin). Je la prie de ne pas tarder à nous en faire savoir le résultat, c’est ma consolation ». Puis le 4 août 1830 : « Engagez Pauline à nous dire positivement si elle présente des impatiences, que maman lui cherche une nourrice. Il s’en présente plusieurs, nous arrêterons celle que nous croirons être la meilleure d’après les vérifications et l’avis du médecin. Adieu je suis dans un état d’accablement qui ne me permet pas d’écrire un mot de plus. Ollier » La réponse immédiate de Charamaule à son beau-père est pleine d’affection : « Nous comptons sur la sollicitude et sur l’amitié de maman pour le choix d’une nourrice et nous en rapportons à elle. Vous nous parlez avec bien du laconisme de l’état d’accablement où vous êtes, pourquoi ne pas vous expliquer mieux. Veuillez nous rassurer sur ce point. Si c’est à la crise des affaires publiques que cet accablement se réfère, j’espère qu’il ne sera pas de durée. L’ordre et le règne des lois sera assuré, tel est l’objet de nos vœux, et nous avons lieu d’espérer qu’ils seront remplis par le pacte nouveau qui doit engager le Prince et les Citoyens. Pardon de ces réflexions qui m’échappent, le désir seul de vous rassurer, s’il en était besoin, me les inspire. Quant à nous, nous sommes parfaitement tranquilles. Ménagez votre santé, engagez maman à ménager la sienne et recevez la nouvelle assurance de l’attachement de vos enfants. Votre dévoué gendre, Charamaule, avocat. P.S. : Peut-être aurez-vous plus à gagner qu’à perdre aux changements qui s’opèrent. Ceci entre nous. » De fait, Hippolyte pensait bien ce qu’il écrivait, car après la naissance de Pauline Claire (le 11 février 1832), appelée « Mimi » dans sa petite enfance par ses grands-parents, fous de joie de ce cadeau du ciel, il se présenta à la députation en 1831 et fut élu. De son côté Fulcrand Ollier ne plaidait plus. Peut-être avait-il gardé l’habitude d’aller aux séances du tribunal en tant que juge suppléant, mais tout en gérant ses affaires du Bosc, de Lodève et de Lunas, il découvrait surtout « l’art d’être grand-père », car Mimi faisait de fréquents séjours chez eux. Cela permettait au jeune député (et à son épouse) de se déplacer suivant les besoins de sa nouvelle charge. Il entretenait aussi des relations amicales avec le microcosme lodévois. Le 22 juillet 1831 il rédige son dernier testament en faveur de sa chère épouse née Fabre et de sa fille, leur faisant entièrement confiance pour exécuter ses différentes dispositions. Il ne voulait surtout pas, qu’après sa mort, elles aient de comptes à rendre à qui que ce soit et ce fut le sens de ses dispositions. Le 25 mars 1834 s’achevait, à 82 ans, la vie de Fulcrand Ollier né sous Louis XV et mort sous Louis-Philippe. Il avait aussi connu la Révolution, la Convention, le Directoire et l’Empire, puis à nouveau la Restauration. Difficile de dire quelles furent ses convictions politiques profondes, par contre ce fut un « honnête homme » et un chrétien convaincu, à la foi solide, cela ressort de tous ses écrits. Durement ressentie par toute la famille, depuis « Mimi » en passant par Pauline et Hippolyte, cette mort affecta plus profondément Fabrette, sa femme. Sa fille essaya bien de la distraire, lui laissant le soin de Lodève, du Bosc et de Lunas où, à la saison, il fallait surveiller une vingtaine de personnes aux coupes de fourrage ; mais, dans une de ses lettres à Pauline elle dit de manière imagée : « Vois-tu ma fille, j’ai comme l’âme en salade ! » Toujours est-il qu’il fallut consulter à Montpellier, faire des médecines de plus en plus contraignantes et elle s’éteignit le 2 janvier 1836, à 48 ans, n’ayant survécu que deux ans à celui auquel elle avait donné toute sa vie. Les derniers temps, elle s’était fixée à Montpellier, dans l’appartement qu’avaient alors Hippolyte et Pauline. C’est la raison pour laquelle, elle fut enterrée à Montpellier, dans le caveau appartenant aux Charamaule à l’Hôpital Général et où reposaient déjà Prosper, frère d’Hippolyte et Claire Martel veuve Charamaule, sa mère. |
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source : "Les châteaux de Lunas, seigneurs et châtelains" Ph. de Firmas - 2023 - édition Gravenize |
Jeannine & Lucien Osouf - mars 2025 |