LE CHÂTEAU DE LUNAS

LE BARON CLAUDE DE NARBONNE-CAYLUS (1527 à 1578)

   Plusieurs ouvrages consacrent des pages au célèbre baron Claude de Narbonne-Caylus qui marqua l'Histoire locale. L'un d'entre eux mérite toutefois une attention toute particulière :

Emile Ségui, diplômé d'études supérieures

Une petite place protestante pendant les guerres de religion (1562-1629) FAUGERES en Biterrois

A. LARGUIER, imprimeur, Nîmes 1833

4e année des Cahiers d'Histoire et d'Archéologie - Tome VIII 1934

Emile Ségui donne en début les sources consultées lors de ses recherches. Les pages 5 à 15 constituent une  riche bibliographie pour tout lecteur intéressé par le sujet.

Ce livre est consultable, téléchargeable en pdf, sur le site « Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France » à l'adresse suivante : BNF Gallica/Seguy-Faugeres place protestante.pdf

   Les textes qui suivent sont extraits de ses écrits. Dans toutes les citations, en italique, l'auteur précise qu'il a respecté scrupuleusement l'orthographe, si fantaisiste et si variable soit-elle.

Portrait du baron Claude de Narbonne

   Claude de Narbonne devait avoir environ 35 ans à la veille des guerres. Nous ne savons rien de son physique. Seigneur de Faugères et de Lunas, seigneur de Roquessels depuis son mariage avec Marquise de Gep, dix ans plus tard, nous savons bien peu de choses sur ses faits et gestes avant les troubles. Une plainte de ses vassaux nous apprend qu'il était dur et redouté.

   Lassés des exigences de leur seigneur, les syndics de Faugères et de Roquessels s'adressèrent au Parlement de Toulouse tenant ses Grands Jours à Béziers, en 1550. La cour renvoya les syndics devant le sénéchal. Le baron de Faugères ne fut pas satisfait et fit appel. Le 19 novembre de la même année, le Parlement décidait qu'il jugerait la cause en dernier ressort.

   Quelques jours après, le 14 décembre, une transaction mettait fin au procès, en ce qui concerne Faugères. Nous ignorons ce qu'il advint pour Roquessels. Nous avons pu avoir en mains un brouillon et une copie de la requête au sénéchal, qui se complètent heureusement, une copie de l'arrêt du Parlement et une copie sans date, mais relativement récente, de la transaction. Ces documents nous renseignent sur les droits féodaux au XVIe siècle et. jettent quelques lueurs sur le caractère du baron.

   Les « manants et habitants » de Faugères et Roquessels accusent leur seigneur de lever indûment des taxes. Il devrait se contenter de « son droit de directe, de censives et tasques » que «lesdits habitans ne lui veullent nyer ». C'est ainsi que font les autres « seigneurs et barons des places, lieux et seigneuries voisines ». Or, « ledit de Narbonne s'essaye lever et exiger sur lesdits habitans une aultre charge extraordinaire qu’yl appelle le « reyredeme » (« arrière-dîme »). « Après, que la directe ou tasque est payée et après que dixme a été payée à l'église, ledit de Narbonne après que le blé et aultres grains sont nettoyés et portez pour mettre au grenier, il veult prendre de quatorze cestiers ung cestier, que seroyt charge et imposition extraordinaire, exhorbitante et contraire à toute rayson et insupportable ».

   Si les grains sont frappés, le vin et l'huile le sont aussi : « après que l'église a prins le dixme, et la tasque à luy payée ou la directe, yl veult prendre de quatorze charges de raysins une charge et de quatorze cestiers de olives ung cestier ».

   Ce n'est pas tout. Au « reyredeme », le rapace baron ajoute la « coppe ». « Non content de ce dessus, se essaye lever et exiger une aultre charge et imposition extraordinaire qu'yl appelle la coppe, car de chascung cestié de bled qui se vend audit lieu de Falguières et Rocasselz, tant par les habitants desdits lieux que aussi par les extrangiers, yl veut prendre une mesure qu'yl appelle coppe, qu'est la huitième partie d'ung cestier, qu'est imposition nouvelle et charge insupportable ».

   Ainsi, outre ses droits féodaux ordinaires, le seigneur de Faugères perçoit de lourdes taxes.

 

LES DROITS SEIGNEURIAUX

  

   Les droits ordinaires ce sont, avec la leude ou péage des marchandises « tant allant que venant », le droit d'herbage et de pâture, les banalités, la tasque et les censives.

   Après que le prieur a prélevé un setier sur onze pour la dîme, le baron en prélève un autre pour la tasque, véritable dîme seigneuriale qui ne frappe pas d'ailleurs toutes les terres. Celles qui sont « à usage » paient la censive, fixe et moins lourde.

   A ces droits incontestés, le seigneur ajoute :

                     - 1° le reyredeyme, arrière-dîme, dîme complémentaire, qui grève d'un prélèvement d’un quart les grains, les olives et les raisins récoltés, nets de tous autres impôts. Le reyredeyme double presque la tasque.

                    - 2° la coupe qui frappe le blé vendu, quel que soit le vendeur, vassal ou étranger. C'est l'ancien droit de courretage ou de mesurage. Ce droit, les consuls le revendiquent comme leur ayant été cédé par les prédécesseurs du baron. Celui-ci soutient que c'est là un droit incontestablement seigneurial dont il ne saurait être dépouillé. S'il assure le mesurage, il est juste qu'il soit payé, mais la taxe qu'il réclame est exorbitante quant au chiffre. Alors qu'à Lodève semblable droit ne s'élève qu'à 1/26, le seigneur de Faugères entend garder pour ses peines le 1/8 du grain mesuré !

   Ces taxes arbitraires, le seigneur les perçoit par « force, contraincte et menasses, les menassant de les mettre en prison et maltraicter ».

   La plainte ajoute « ledit de Narbonne et ses prédécesseurs ont esté gens de guerre terribles quy se fayziont craindre ei redoubter à leurs subjects, tellement que les pauvres habitans quy sont gens laycs, rustiques, pauvres laboreurs, chargés de feme et enfans, ne leur oziaient en rien n'Y pour rien contredire ».

   Et ces pauvres gens ont trouvé les taxes si lourdes que plusieurs « ont été contrainctz laysser et abandonner les terres et le laboratge et s'en aller par le pays avec leurs feme et enfans demander l'aulmone pour Dieu car, attendu lesdites charges de reyredeyme et de coppe, yls ne pouvoient vivre de leur travailh ».

   Les syndics s'élèvent contre de tels abus. « Si ledit de Narbonne ou ses prédécesseurs ont levé et exigent lesdits reyredeyme et coppe, cela ne peut être dit possession ayns (mais ) usurpation ». Usurpation qui s'appuie sur la violence. Et ils demandent que défense soit faite à leur seigneur de "trobler lesdits habitants» par de semblables impositions. Ils vont même plus loin: ils réclament la restitution des sommes indûment perçues !

   Et pour apitoyer sur leur sort les officiers royaux, ils glissent dans leur supplique un tableau que nous n'aurions garde d'oublier : « Les lieux de Faugères et Roqueselz sont assis en pays de montagnes ou n'y a que roches et buyssons, fors quelques terres recouvertes par les prédécesseurs des demandeurs en agriculture, en champs, prés, vignes et olivettes ». Et dans ces champs « tout comblés de pierre plus que de terre », ils sont « contrainctz toute l'année emploier le travalh et peine de leurs personnes pour bien pansser et cultiver lesdites terres » et il leur arrive « le plus souvent ne pouvoir réserver la seulle sentence » à cause de « la grande infertilité » du sol.

   La transaction, qu'on lira tout au long dans les notes, n'est ni du même ton, ni du même style. Claude de Narbonne abandonne son reyredeyme et s'il conserve le courretage il s'engage à mettre gratuitement ses mesures à la disposition de ses vassaux. Il consent à une révision des tasques et censives et accorde en outre aux Faugerols le libre usage des pâtures. Après avoir lu, dans la véhémente requête, que les seigneurs de Faugères étaient « personnes furibondes et terribles » on est quelque peu perplexe devant l'attitude du baron en cette fin de 1550. A-t-il eu peur de perdre son procès ? Quelqu'un est-il intervenu ?

   Quoiqu'il en soit, il convient de se souvenir de la transaction si l'on veut faire état de la plainte. Il convient aussi de faire la part de l'exagération. Quand il s'agit d'obtenir un soulagement fiscal, on se fait toujours plus pauvre et plus malheureux qu'on ne l'est. Il n'en demeure pas moins qu'il y a dans ces vieux grimoires, à travers la rhétorique ordinaire des réclamations, un témoignage vibrant contre le seigneur de Faugères.

   Il est dur et il est craint.

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Jeannine & Lucien Osouf mai 2026